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En ce matin d'octobre, au cimetière de Saint-Gilles. Pas un
proche, pas un ami, personne pour conduire Jan à sa dernière
demeure et pleurer sa mort.Dans quelques minutes, Jan rejoindra
ceux qui sont morts et enterrés seuls et sans le sou. Avec pour
sépulture, un monticule de terre, et une croix en bois.
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Une présence quand même: Astrid, une bénévole de l'ASBL AIC
(Association pour l'inhumation et la crémation). Elle est veuve
et a perdu son fils. Elle espère que quelqu'un sera présent
pour l'accompagner au cimetière, comme elle l'a déjà fait pour
tant d'indigents.
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Pour dernier entourage, Jan a droit à quatre fossoyeurs communaux
et deux porteurs de cercueil. On ne saura rien de l'existence
de Jan ici-bas, si ce n'est que le vieil homme a quitté son
home pour mourir à la clinique César de Paepe.
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"Il y a quinze jours que Jan est décédé. La ville de Bruxelles
a tenté d'identifier des proches. En vain" regrette Charles
Heirbrant de l'ASBL AIC.
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Nombre de communes font ainsi de louables efforts pour offrir
aux indigents une inhumation digne de ce nom. En prenant soin,
à chaque fois, de consulter le Registre national pour tenter
de retrouver la trace des proches. En veillant aussi à ce que
les employés communaux soient présents aux funérailles... et
correctement vétus: des porteurs de cercueils en bleu de travail,
cela s'est déjà vu.
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A 84 ans, Jan s'en va ainsi rejoindre ses camarades d'infortune,
les indigents inhumés dans les cimetières de nos grandes villes,
principalement. Là, où la précarité et l'isolement font le plus
de dégâts, où la solidarité est souvent mis à rude épreuve.
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Indigents: une façon pudique de nommer les SDF dont les corps
sans vie sont retrouvés sur la voie publique. Les personnes
âgées qui ont vieilli seules et rendu leur dernier soupir à
leur domicile, au home ou à l'hôpital, sans un proche à leur
chevet. Ou que les familles sont trop désargentées pour payer
les funérailles.
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Autant de passages de vie à trépas qui brisent le cœur. Et qui
ont fini par interpeller la Fondation Roi Baudouin: une brochure
sur cette douloureuse question y est en préparation.
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Charles Heirbrant. Voilà dix ans que cet ancien expert-comptable
de 78 ans s'est mis en tête d'assurer une fin décente à tous
ceux que la vie a frappés durement aux cours de leurs vieux
jours. "Nous assistons ainsi à 200 inhumations d'indigents
par an.". Le travail de mémoire laisse aussi trop souvent
à désirer quand dans certains cimetières, les sépultures d'indigents
restent plongées dans un parfait anonymat. A Arlon, il a fallu
qu'un groupe de jeunes qui restauraient des tombes soient touchés
par la tristesse de ces sépultures anonymes, pour voir une stèle
érigée en souvenir de ces indigents.
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"
Le nombre d'indigents n'en finit pas d'augmenter "assure
Charles Heirbrant.
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Alain, décédé depuis quelques semaines, repose à la morgue de
l'hôpital d'Ixelles. Ce matin, il sera enfin enterré mais dans
la solitude totale. "L'idée de partir seuls angoisse les
plus précarisés. Mener une vie de chien, passe encore. Mais
mourir comme un clebs est plus dur à envisager..."dénonce
l'employé de la morgue.
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8h15 du matin, les employés communaux ont attendus jusqu'à la
dernière minute attendant un proche qui se manifesterait...
En vain, Alain sera emmené au cimetière dans la solitude.
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Alain sera emmené dans le corbillard communal pour le cimetière
d'Ixelles.
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Alain
aura pour dernier entourage 4 porteurs de cercueil et le chauffeur
du corbillard. L'employé de la morgue salue une dernière fois
celui dont il s'est occupé avec beaucoup de respect après sa
mort.
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Sur
le chemin vers le cimetière, Alain n'aura pas droit à un cortège
de proches, juste la voiture du photographe.
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Comme
par miracle, un rayon de soleil automnal perce la grisaille
pour accueillir le corbillard à l'entrée du cimetière. Un ancien
colocataire d'Alain se manifestera pour lui rendre un dernier
hommage
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C'est en très petit comité que l'enterrement d'Alain aura lieu.
Pas un proche, pas un ami personne pour conduire Alain à sa
dernière démeure et pleurer sa mort! Seul son ancien co-locataire
caressera son cercueil en guise d'adieu.
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Alain, porté en terre, à Ixelles, sans fleurs, ni couronnes,
rejoint le monde de plus en plus peuplé des indigents inhumés
dans les cimetières de nos grandes villes
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Les employés communaux sont présents jusqu'au dernier moment
pour rendre un dernier salut à Alain.
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L'inhumation aura duré une petite demi-heure. Déjà, le cercueil
d'Alain est enseveli sous la terre, prestement pelletée par
les fossoyeurs.
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Comme par miracle, un arc-en-ciel, s'attarde sur la sépulture,
où le corps vient d'être lentement glissé en terre.
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Les cieux auront au moins accompané Alain, au moment où sa dépouille
mortelle s'est évanouie en terre.
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Schaerbeek et Ixelles comptabilisent, en moyenne, de 45 à 50
enterrements d'indigents par an. C'est trois fois moins qu'à
Bruxelles-Ville: 150 inhumations par an.
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Un monticule de terre pour sépulture et une croix en bois, sur
laquelle figurera son identité, ses dates de naissance et de
décès. Les ultimes signes tangibles du passage d'un indigent
en ce monde.
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La Toussaint arrive. Il y aura des monticules où l'on ne se
pressera pas, pour dire, avec des fleurs, qu'on n'oublie pas
un cher disparu.
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